Des lycéens à la rencontre de la jeune création théâtrale
Théâtre - 22 juin 2026
Publié dans : Théâtre
Comment sensibiliser les élèves au processus de création d’un spectacle, aux questionnements des artistes, à leur univers esthétique ?
Le format de ce projet fédérateur porté par le GIP-Acmisa a l’ambition d’enrichir la rencontre avec l’œuvre par un programme d'activités en amont de la représentation.
Concrètement, ce projet a engagé quatre classes des lycées Bloch à Bischheim (enseignante Céline Escande), Marchal à Molsheim (enseignante Mélissa Reymann-Lopatka, Maurois à Bischwiller (enseignants Claudine Ertzscheidt et Mathieu Manca) et Schuman à Haguenau (enseignante Audrey Siméon) à échanger et pratiquer autour des créations respectives des deux élèves metteurs en scène de l’école du TNS : Eléonore Barrault (Esprit vieille) et Juan Bescós (Anti-Magie). Le parcours a consisté en un atelier de 3 heures dirigé par l’artiste dans l’établissement, puis lors d’une autre demi-journée, les élèves ont visité le TNS, avant d’assister à une répétition du spectacle et échanger avec l’équipe artistique. La découverte du spectacle en mai a été l’étape finale du projet. Laetitia Daufin et Nathalie Trotta de l’équipe des relations avec les publics ont accompagné l’ensemble du dispositif.
Ce type de projet est rendu possible grâce à la grande implication de tous (enseignants, artistes, relations publiques), et témoigne de la force du partenariat.
Les retours des enseignants et des équipes des relations avec les publics rendent compte de la richesse du parcours pour leurs élèves :
Céline Escande :
« - un atelier de pratique avec mes 35 élèves ; une véritable prouesse pour Eleonore Barrault et Emma Da Cunha qui ont su animer avec bienveillance et efficacité différents exercices de pratique mais aussi de réflexion. Les échanges durant ces trois heures ont été riches et mes élèves se sont sentis à l'aise et se sont montrés volontaires pour participer. Une première approche du spectacle a ainsi été posée et surtout une première prise de conscience autour de la thématique a émergé.
- une visite du TNS fort instructive et surtout la répétition d'Esprit Vieille. Mes élèves ont été très intéressés par la manière dont on fabrique un spectacle. Voir la création en action leur a permis de mieux comprendre les enjeux et surtout a modifié certaines de leurs représentations. Ils ont apprécié l'échange ensuite avec l'équipe.
- La représentation qui a remporté un vif succès. Mes élèves dans leur globalité étaient enthousiastes après la représentation et on a longuement débattu le lendemain sur différents aspects de la mise en scène.
Pour finir, je suis ravie de cette expérience qui s'est inscrite dans un projet de classe assez intense cette année (10 spectacles dans différentes structures) et qui a vraiment permis de mieux appréhender ce qu'est la création d'un spectacle vivant. Les élèves ont pris confiance dans leur jugement et ont osé des prises de paroles à différents moments. Ils se sentent à présent prêts à se rendre dans une salle de spectacle sans moi ! »
Melissa Reymann-Lopatka :
« Un atelier de 3h a été mené par Eleonore Barrault et The-Vinh Tran autour d'Esprit Vieille. L'atelier liait pratique et réflexion autour de la vieillesse (il a eu lieu en janvier).
Ensuite nous avons visité le TNS avec les élèves de Céline et nous avons assisté à une répétition du spectacle (en avril). Cette partie du projet a beaucoup plu à mes élèves qui avaient eu du mal à se lancer dans la pratique.
Nous avons, dans un dernier temps, assisté au spectacle qui a très bien fonctionné avec mes élèves. Ils ont d'ailleurs apprécié ce projet, les échanges avec les élèves sortants de l'école et l'accompagnement de Nathalie Trotta.
Le projet a été positif, la plupart de mes élèves souhaitent retourner au théâtre et deux d'entre eux pensent à s'inscrire à l'atelier théâtre. »
Claudine Ertzscheidt :
« Le projet fédérateur a permis aux élèves de l’option théâtre du lycée André Maurois (19 élèves) de rencontrer Juan Bescós, un comédien-metteur en scène de l’école 49 d’abord dans l’établissement sur une séance complète de trois heures en présence de Laetitia Daufin, chargée des relations publiques et d’Anastasia Gomez-Vybornova, stagiaire médiation et production éditoriale. Ils ont ainsi pu découvrir l’univers étrange de ce jeune artiste qui, en toute simplicité et humilité, leur a parlé de ses recherches et inspirations. Il a notamment évoqué La grande conspiration affective de Romain Noël. Il a aussi proposé aux élèves des échauffements, improvisations pour les découvrir et faire découvrir son univers.
La 2ème étape du projet a consisté en une sortie au TNS avec les élèves de l’option théâtre de Haguenau, dirigée par Audrey Siméon, moment très sympathique ! La visite du TNS, des temps d’échanges et de répétitions ont enrichi cet après-midi. Enfin le clou du projet fut le spectacle final de Juan Bescós, aboutissement de ce beau programme que nous avons donc eu le plaisir de suivre, depuis la conception jusqu’à la réalisation, une expérience d’une grande richesse pour tous. Les élèves ont apprécié l’univers déjanté de Juan Bescós, ses personnages décalés, « gothiques », fantasques, les décors et les costumes très inventifs et l’intervention de Juan lui-même dans sa pièce, comme une mise en abyme. Ils sont très touchés d’avoir vécu cette aventure inédite. »
Audrey Siméon :
« Après un atelier mené par Juan Bescós dans les deux lycées Maurois et Schuman, les élèves des deux lycées se sont rencontrés lors d'une visite du TNS menée par Laëtitia Daufin et Anastasia Gomez-Vybornova. Ils ont également assisté à deux répétitions, Anti-Magie et Esprit Vieille, les deux créations des élèves du groupe 49.
L'atelier a donné lieu à une séance de trois heures dans chaque lycée, heures au cours desquelles Juan a expliqué sa démarche artistique et les enjeux dramaturgiques de sa création, il est revenu sur son parcours à la demande des élèves. S'en est suivi un atelier de pratique qui a beaucoup plu aux élèves dont l'imaginaire a été mis en valeur autour du rêve, du cauchemar et de la magie.
Enfin, nous avons toutes et tous ensemble assisté à la première du spectacle de Juan Bescós dont l'univers poétique, horrifique et finement burlesque a emporté l'adhésion du public.
Le spectacle a été une très belle surprise et l'atelier de pratique a été très enrichissant et fort sympathique. De mon côté, cela a été l'occasion de réunir les deux groupes de seconde et première afin qu'ils pratiquent ensemble le théâtre (37 élèves). »
Anastasia Gomez Vybornova, étudiante en Master 2 Arts de la scène et du spectacle vivant, parcours Médiation culturelle en territoire et relations aux publics. En stage de fin d’études au Théâtre National de Strasbourg au service des Relations avec les publics et de la Production éditoriale :
« Il existe des projets artistiques qui font entendre plus distinctement la rime entre création, transmission et médiation. Le projet fédérateur « A la découverte de la jeune contemporaine théâtrale » en est un exemple. Dans le cadre de mon stage en médiation et production éditoriale au TnS, j’ai eu l’occasion de suivre Laëtitia Daufin et Nathalie Trotta, chargées de relations des publics du TnS, dans l’accompagnement d’un parcours EAC réunissant artistes, enseignant·es et lycéen·nes autour de deux créations de sortie d’Ecole : Anti-magie de Juan Bescos et Esprit vieille d’Eleonore Barrault. Une immersion qui m’a permis de mesurer le pouvoir fédérateur du théâtre et sa puissance pour amplifier les voix des nouvelles générations, tout en donnant un sens très concret aux missions de service public du TnS. Dans les échanges avec les différentes parties prenantes du projet, un mot revient sans cesse : « rencontre ». Rencontre avec de jeunes artistes de l’Ecole partageant les questionnements inhérents à toute création théâtrale ; rencontre entre des lycéen·nes de différentes filières ; rencontre avec les imaginaires d’un territoire ; rencontre avec la diversité des métiers du théâtre. Ces croisements ont créé, tout au long du parcours, des espaces de réflexion autour de thèmes comme la vieillesse, l’avenir du théâtre, l’écoute de l’autre, l’adolescence… Les exercices de pratique artistique et la venue aux répétitions du spectacle ont permis aux lycéen·nes d’expérimenter les œuvres autrement que par la seule représentation. Cette approche sensible et physique de l’art a favorisé une appropriation individuelle et collective qui a rendu plus visible la machine théâtrale et plus riche l’expérience de spectateur·ice. Pour ma formation, ce projet fédérateur donne un sens plus profond à ce qu’est « faire médiation » : prendre soin de la rencontre, permettre à chacun de trouver sa place dans l’expérience artistique et surtout, continuer à faire résonner les rimes. »


